Le Tueur souriant relate la reconstitution d’un braquage de banque par la juge qui instruit l’affaire.
RC
Hier soir, atelier unique sur Le Tueur souriant avec des élèves. Petit comité, il n'étaient que trois. On lit. Ils sont étonnés ; par la forme, par les termes, par les idées.
On parle, on regarde comment c'est fichu, comment ça raconte.
On se débarrasse vite de la gravité du propos pour laisser la place au concret : la légèreté de Léa avec sa drague et son rouge à lèvres, les projections sur l'interprétation des témoignages, le pragmatisme de la reconstitution.
On découpe pour distribuer. Et on monte. Le tout. C'est le but de cet atelier, 3h pour monter une œuvre brève.
Ils constatent. Les possibilités, nombreuses. La richesse de la langue, le mélange des genres. La palette. On fait des choix rapides, on n'a pas le temps. Le Tueur sourit tout le temps, la juge est un homme, Léa est superficielle, peut-être trop. Mais pas un mot n'est changé. J'installe tout ça à contre-jour, le public (c'est-à-dire moi) sur le plateau, composant les membres témoins pour la reconstitution. Les acteurs gravitent autour, on voit le Tueur derrière moi par le biais d'un miroir, celui réclamé par Léa à l'inspecteur, posé en biais face à moi. Ça raconte, ça joue. On finit presque dans le noir. Léa à contre-jour, les hommes derrière prononcent la finale "JE SUIS L'EFFROI DU LENDEMAIN". Clap de fin, on discute. C'est dingue les possibles, la poésie, les enjeux. C'est dingue le sujet, les registres de langue. Tout le monde est scotché par le théâtre, le vrai, celui où ça joue, où on prend le verbe à bras le corps. L'un d'eux : « en lisant on ne dirait pas du théâtre. » Que veut-il dire ? Il poursuit : « on dirait juste que l'auteur nous raconte quelque chose. » Certainement aussi il est surpris de ne pas retrouver la topographie habituelle des textes dramatiques. Je dis : « c'est la seule chose qui compte, car finalement tout peut être théâtre, c'est comment on le met au plateau qui fait le théâtre. »
La comédienne est muette. Elle est secouée par la violence et, je pense, le plaisir coupable de s'être amusée. Le troisième insiste sur la poétique, la beauté de l'écrit. J'acquiesce. On part, on va au bistrot. On mange, on boit, on parle de couples, de nos camarades absents. On me demande comment je te connais, je raconte. Ils se réjouissent de tout. De ce que tu fais, de ta générosité d'auteur, de notre possibilité de dialogues.
Quelle belle soirée nous avons passé avec toi !
JMP
ça me fait chaud au cœur de savoir que Le Tueur souriant a repris du service, et semble-t-il, avec un certain plaisir pour ceux et celles qui s’y sont pliés. L’autre jour, ma femme me disait qu’à l’INSAS un étudiant avait refusé de travailler sur un film de Fassbinder «parce que c’était trop violent pour lui» ! Il y a aujourd’hui beaucoup de personnes «porcelaine» qui confondent allègrement le réel et le symbolique et prennent pour argent comptant les péripéties du monde imaginaire.
Juin 2022