mercredi 6 mai 2026

À propos de Papa où t’es

In le recueil de nouvelles Autobiographie d'un chien

Deux filles cherchent leur illustre père disparu.


RC
Lu donc le second texte. Je mets un petit temps à me dire que « Tigô et Mena », ça me rappelle quelque chose. Puis je raccroche avec le mythe. Puis je me souviens de la pièce Plus belle, plus libre que moi, que je relis dans la foulée. Anty est devenue Tigô et certains éléments sont en plus ou en moins d’un côté et de l’autre. Sinon, c’est la même histoire. Dans l’histoire du chien, la pièce ne faisait référence qu’à un épisode du récit. Ici, le récit est l’équivalent de la pièce. Je mentirais si je disais que le traitement fait au mythologique ne me parle pas, et tu t’en doutes. C’est plus le besoin de réécrire qui me questionne : quel besoin as-tu ressenti d’écrire un récit à partir de la pièce ? Il est évident que ce récit a quelque chose de transgressif : les figures mythologiques y sont des jeunes femmes libres et même délurées, quand les personnages d’origine vivent sous le poids des règles sociales. Ainsi, les enjeux se resserrent autour de leur quête de vérité et de filiation. Et le mythologique s’efface quelque peu au profit d’une actualité plus réaliste… D’où une seconde question : pourquoi donner le nom d’Antigone à la fin ? Je me doute d’une possible réponse pragmatique : pour que le lecteur raccroche au mythe. Mais justement : pourquoi le cacher, le réécrire, si c’est pour le raccorder de façon aussi nette à la fin ? Était-il nécessaire de nous révéler, dans la pièce comme dans le récit, cet élément aussi flagrant ? Ne pouvait-on pas s’en débrouiller seul ? Et tant pis pour qui ne l’aurait pas ?

JMP
Oui, je me doutais bien que le texte te parlerait tout spécialement. Sur le nom, ma réflexion a été la suivante : c’est en se nommant que Tigô devient Antigone. Jusque-là c’est une jeune fille qui cherche son père. L’a-t-elle trouvé à la fin, on ne sait pas, elle le croit peut-être ; nous, c’est pas sûr. Mais ce qui est sûr c’est qu’en quittant Ismène et en rentrant pour son frère, elle cesse d’être Tigô et devient Antigone. Elle entre dans le mythe. Ce n’est donc pas un souci d’être précis par rapport au spectateur qui m’a guidé. A vrai dire, ceux qui ne savent pas qui est Antigone ne le sauront pas plus parce qu’elle se nomme. Mais quelque chose peut changer dans le jeu (et dans la mise en scène ?) quand quelqu’un passe d’un statut de quotidienneté à celui de mythe. La première ébauche du texte date des années 2011/12. Par plaisir de la variation, il y a eu toutes sortes de versions et notamment une version « pièce » La première ébauche était non dialoguée, plutôt proche dans sa ligne générale de la version publiée. C’est finalement celle que je préfère. C’est aussi celle qui rentrait le mieux dans mon projet de publication. Mon calcul était de sortir de l’édition théâtrale, de solliciter un autre circuit : il a été payant. J’aurais pu laisser Plus belle, plus libre dans Les mâchoires du temps (textes dialogués) mais une fois encore il me plaisait davantage dans sa forme récit et il rentrait bien dans la tentative éditoriale…

RC
Ma vision premier degré du nom d’Antigone inscrit dans le texte est évidemment très pauvre en regard de ton explication. Nommer la chose la fait exister et se nommer d’une certaine façon nous identifie. Comme ne l’ai-je pas vu ? Peut-être parce que la thématique stricte de passer du « réel » au mythe, d’entrer dans le mythe n’est pas ma façon de travailler le mythologique. Ma démarche est plutôt de sortir du mythe justement, de n’en garder qu’un écho, que des traces, comme un squelette autour duquel je vais construire autre chose. Mais je ne dénie pas à ton processus sa justesse.

Février 2025

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